Le Havre A.C. se surpasse et bat l'Olympique par 2 buts à 1 — Rouen, 24 Février (de notre envoyé spécial). — La surprise que certains devaient envisager raisonnablement, sauf peut- être les acharnés partisans du Havre A.C., s'est produite : le Havre a éliminé de la Coupe le grand favori, l'Olympique, que tout le monde s'accordait à reconnaître comme le meilleur club de France, et d'assez loin.
L'événement s'est accompli à Rouen devant 12 000 spectateurs qui poussèrent l'enthousiasme au plus haut point. La partie ne fut sans doute pas des plus jolies, surtout en seconde mi-temps car alors la volonté de vaincre ou de ne pas perdre fut plus forte que tout et annihila les tentatives de jeu : mais en première mi-temps elle fut fort convenable et attrayante. Malheureusement, le jeu dur et incorrect de certains joueurs de l'Olympique en seconde mi-temps contribua à créer une atmosphère d'excitation qui amena, au coup de sifflet final, l'envahissement du terrain. L'Olympique fut alors vivement conspué, ce qui est vraiment regrettable et déplacé. Il nous faut une fois de plus signaler Baron et Haas comme s'étant montrés incorrects ; en particulier, Baron fit une charge pieds en avant qui renversa Frémont.
Dès le début, le Havre se montra décidé à vendre chèrement sa peau : tous les joueurs marquent sérieusement l'adversaire qui ne peut développer son jeu et dont la rapidité se voit à chaque instant ralentie. Pendant dix Minutes, le Havre domine légèrement, mais les efforts des Olvympiens sont très dangereux, Puis les Parisiens remontent peu à peu le terrain et le jeu devient égal. Mais au bout d'un quart d'heure Rénier, dont l'entente avec Accard est excellente, est touché au genou et quitte un moment le terrain: il rentrera peu après mais ne sera plus de grande utilité pour son équipe.
Et voici que l'Olympiqne pousse des atta- ques de plus en plus nombreuses, mais elles sont désordonnées : les joueurs s'affolent. l'imprécision règne en maîtresse devant les buts. Au bout de 31 minutes de jeu, on note une ouverture d'Accard sur Rénier, qui joue extréme droit : celui-ci passe à Reneault, devenu avant centre, qui place un très beau shot et ouvre le score.
HAC, : 1 ; Olympique : 0.
L'enthousiasme est délirant. Vers la 40e minute, encore une descente dangereuse du Havrais Accard, qui passe à Buré qui marque ; mais le but est refusé pour offside, L'Olympique s'affole de plus en plus : Haas se met à shooter de très loin. Et cependant les Parisiens mènent, Juste à la dernière seconde, Haas place un long shot qui bat Fremont,
HAC : 1 : Olympique : 1.
Et c'est le repos,
La seconde mi-temps voit un jeu décousu et imprécis. Le Havre comence à dominer, mais Harrisson est bientôt touché à son tour et le Havre se ressent de ce nouveau handicap. 11 se détend cependant désespérément et pousse encore des attaques de temps à autre. Sur l'une d'elles, à la trente-troisième minute, Acard est terriblement chargé dans les dix- huit mètres : l'arbitre accorde le penalty et Buré le transforme.
HLA.C. : 2 ; Olympique : 1.
Dès lors. c'en est fini. Le Havre joue la défensive intégrale et l'Olympique s'emploie avec l'énergie du désespoir. Le Havre est vivement pressé sur ses buts, les Parisiens shootent à tort et à travers. Les Havrais ne s'occupent plus que de la touche. Jamais on n'a vu une empoignade aussi cafouilleuse et aussi palpitante à la fois. Trente secondes avant la fin Dufour shoote sur la barre : le Havre a ainsi évité le match nul.
L'Olympique joua nettement au-dessous de sa forme et montra sa nervosité habituelle dans les circonstances difficiles ; il fut supérieur en technique et en rapidité au H.A.C. : Cottenet fit bien ce qu'il avait à faire ; Adolphe et Vignoli furent moyens et dégagèrent la plupart du temps n'importe comment ; en demis, Clère fut brillant en seconde mi-temps, Belaousté ne fut pas complètement lui-même, Mistral fut ordinaire ; en avants, l'aile Dufour Darques fut la plus dangereuse, Dewaquez, qui eut le poignet foulé, cessa assez vite d'être redoutable, Baron et Haas furent brouillons et nerveux.
Au Havre, la défense se surpassa, encore qu'elle fut loin d'être impeccable. L'équipe se montra en général plus lente sur la balle que son adversaire ; toutefois, il faut citer, en demis, l'excellente partie du jeune Cantais. Ita eut fort à faire et s'acquitta très bien de qui fut très bon en défensive et en offensive : sa tâche ; Harrisson ne put jouer qu'une mi- temps. En avants, il faut signaler Accard, qui fut très brillant et très fin ; Renier, pour ainsi dire immobilisé, manœuvra ses hommes à merveille ; Lechanteux fut très actif ; Re- neault et Buré, très ardents, furent bons sans plus.
Que dire de l'arbitrage de M. Brughamer ? Il fut consciencieux et assez clairvoyant, mais on peut lui reprocher de n'avoir pas sévi as- sez rigoureusement contre l'incorrection et d'avoir sifflé trop tardivement les fautes. La recette a dépassé 50.000 francs, ce qui bat le record normand. — Maurice Pefferkorn.